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« Pour ma part, je ne prétends pas avoir trouvé la meilleure philosophie, je sais seulement qu’est vraie celle que je comprends. Comment le sais-je, demanderas-tu ? De la même manière, te répondrai-je, que tu sais, toi, que les trois angles d’un triangle sont égaux à deux droits »  (Spinoza Lettre à Albert Burgh fin 1675-début 1676)

« Parce que le spinozisme n’est pas un élitisme, tous peuvent accéder à cette plénitude. C’est que l’entrée dans l’Être réalise en fait « toutes les perfections de l’amour » (Eth. V, 33, Scol. ) puisque tout se passe alors comme si, par la nouvelle conscience amoureuse du monde, les individus commençaient maintenant seulement à être, et comme s’ils commençaient maintenant seulement à naître à l’éternité. L’entrée dans la « vraie vie de l’esprit » et dans le hors-temps, a toutes les significations de l’amour parfait, c’est-à-dire de la seconde naissance.

C’est bien là, comme nous l’avions dit, le sens et le contenu d’une sotériologie. C’est que le spinozisme (et toutes les philosophies qui après lui s’en inspireront d’une manière existentielle et authentique) n’est pas un système abstrait offert à la connaissance érudite, mais une philosophie vivante, c’est-à-dire une parole. La philosophie de Spinoza, dans l’Éthique, voix posthume du philosophe excommunié, est la parole même du Désir lorsque, transmuté par la lumière incandescente de la réflexion, il se révèle comme Désir d’être et en appelle amicalement à tout être pour qu’il entreprenne cette ascension purificatrice et libératrice qui est la condition de la joie. Le sérieux et la difficulté n’en sont pas masqués. Mais nul ne saurait parcourir intégralement l’itinéraire réflexif de l’être, et en vivre la plénitude substantielle, s’il n’est disposé dès l’origine à mettre en œuvre tout son courage moral et toute la force de son désir et de sa réflexion. Si le spinozisme peut être pour nous une source d’inspiration constante, c’est qu’il nous atteint au plus profond de nous-mêmes tout en nous donnant le moyen de réaliser ce qu’il y a en l’humanité de plus extrême et de plus radical. Le désir, l’intelligence et la joie, transmutés par la conscience, accèdent alors à l’expérience de l’adéquation heureuse : une certaine espèce de substantialité. »

Robert MISRAHI – introduction à la lecture de l’Ethique